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Prime chaussures : droits, montants et attribution

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Par Lénaïg Le Guen
Publié le 27 février 2026, 10h09

Temps de lecture: 5 min

Dans les services hospitaliers, les chaussures font partie du matériel de travail au même titre que la tenue ou le badge. On les enfile à chaque prise de poste, et elles ne quittent pas le service : question d’hygiène et de sécurité. Sabots fermés, semelles antidérapantes, modèles lavables… elles doivent résister à des journées entières passées debout, aux déplacements constants et aux sols parfois glissants.

Mais ces chaussures s’usent vite, et leur remplacement régulier représente un vrai coût. Pour éviter que les soignants ou les agents financent seuls un équipement imposé, une aide existe : la prime chaussures, aussi appelée ICPE (indemnité de chaussures et de petit équipement).

Elle varie selon le statut et la structure. Qui peut y prétendre ? Quel montant est prévu ? Et comment la demander ? Voici ce qu’il faut savoir pour en bénéficier sans mauvaise surprise.



La prime chaussures (ICPE), c’est quoi exactement ?


L’indemnité de chaussures et de petit équipement est une indemnité prévue pour compenser l’usure des chaussures ou de certains petits équipements utilisés exclusivement dans le cadre du travail.

Elle peut prendre deux formes :

  • Une indemnité financière : tu reçois une somme forfaitaire pour acheter tes chaussures (ou son petit équipement).
  • Une dotation en nature : ton employeur fournit directement les chaussures, via un marché public ou un fournisseur agréé.

👉 Dans les deux cas, l’objectif reste le même : protéger la santé des agents, garantir la sécurité et respecter les obligations réglementaires.


Qui peut bénéficier de la prime chaussures ?


L’ICPE concerne les agents publics, mais aussi certains salariés du privé soumis au port obligatoire de chaussures de sécurité.


Agents territoriaux : des métiers de terrain où sécurité et hygiène vont de pair 👷‍♀️

Dans les collectivités territoriales, la prime chaussures (ICPE) s’applique à de nombreux postes dits «de terrain», où les agents passent la majeure partie de leur journée debout ou en déplacement.

Les chaussures n’y servent pas qu’à marcher : elles protègent, stabilisent et garantissent l’hygiène dans des environnements souvent exigeants.

  • Agents techniques et de la voirie : exposés aux sols irréguliers, aux gravats et aux engins en circulation, ils portent des chaussures coquées avec semelles anti-perforation et protection contre l’écrasement. Ces modèles limitent aussi les glissades sur sol humide.
  • Personnels des espaces verts : entre les outils coupants, les terrains boueux et les résidus végétaux, ils utilisent des chaussures montantes de sécurité, parfois étanches, pour protéger les chevilles et éviter les blessures liées à la tonte ou au débroussaillage.
  • Agents de propreté urbaine et de collecte : confrontés à la marche prolongée et aux surfaces glissantes, ils ont besoin de chaussures antidérapantes renforcées pour prévenir les chutes et les douleurs articulaires liées à la station debout.
  • Agents de restauration collective municipale : dans les cuisines scolaires ou les selfs, les sols sont souvent humides ou gras. Ces agents portent des chaussures fermées, lavables et antidérapantes, réservées au service pour des raisons d’hygiène et de sécurité alimentaire.

👉 Pour ces métiers, la prime compense l’usure rapide liée à la marche et aux conditions climatiques, tout en garantissant un confort et une sécurité adaptés au poste.

À l’hôpital : des chaussures pour protéger, soigner et préserver l’hygiène 👩‍⚕️

À l’hôpital, les chaussures ne sont pas un accessoire : elles font partie intégrante du protocole de soins.

Chaque professionnel enfile sa paire en arrivant, la quitte en repartant, et ne la porte jamais à l’extérieur du service. C’est une question d’hygiène, mais aussi de sécurité.


👣 Selon le service, les besoins varient :

  • En service de soins, les infirmiers et aides-soignants portent des sabots fermés ou des chaussures lavables voire autoclavables (bloc opératoire), faciles à désinfecter entre deux gardes.
  • Les agents de service hospitalier (ASH) manipulent des produits d’entretien et travaillent sur des sols humides : ils utilisent des chaussures étanches et antidérapantes, adaptées à un nettoyage fréquent.
  • Les brancardiers enchaînent les trajets entre chambres, blocs et urgences : ils choisissent des modèles amortissants et stables, qui réduisent la fatigue articulaire.
  • En blanchisserie ou en stérilisation, les agents manipulent du linge chaud, des charges lourdes ou des équipements : ils portent des chaussures coquées, respirantes et résistantes à la chaleur.

Ce rituel, chausser, déchausser, désinfecter, limite les contaminations croisées entre zones propres et souillées.

C’est aussi une façon de préserver la santé du personnel, d’éviter les chutes et de maintenir un niveau d’hygiène constant.


Fonction publique d’État : des métiers exposés, souvent sur le terrain 👞

Dans la fonction publique d’État, la prime chaussures (ICPE) s’adresse principalement aux agents qui exercent des missions techniques ou de terrain, où la marche, les déplacements fréquents ou les risques physiques sont quotidiens.

Les chaussures ne relèvent plus du confort : elles font partie intégrante de la prévention des accidents.


Voici quelques exemples concrets :

  • Agents de sécurité et de surveillance : leurs interventions les exposent à des risques de chute ou de glissade, notamment lors des rondes ou sur des sols extérieurs. Ils portent généralement des chaussures basses ou montantes antidérapantes, avec semelles renforcées pour résister à l’abrasion et assurer la stabilité.
  • Douaniers et agents de contrôle : souvent amenés à inspecter des entrepôts, des zones portuaires ou industrielles, ils utilisent des chaussures de sécurité coquées (norme EN ISO 20345) pour se protéger contre les chocs et les objets lourds. Certaines unités spécialisées reçoivent également des modèles hydrofuges ou isolants.
  • Personnels techniques de l’Éducation nationale (agents de maintenance, d’atelier ou de restauration) : selon leur poste, ils portent des chaussures coquées ou antidérapantes adaptées à l’environnement. En atelier, le risque de chute d’objets impose une protection renforcée des orteils ; en cuisine ou en restauration scolaire, la priorité reste l’adhérence et la résistance aux liquides gras.

👉 Dans tous ces métiers, la prime chaussures compense l’usure accélérée liée aux déplacements, aux conditions d’intervention et aux environnements à risques. Elle garantit que les agents disposent toujours d’un équipement conforme aux normes de sécurité en vigueur.

Situation spécifique des cliniques/établissements de santé privés

Dans le secteur privé de la santé (cliniques, établissements privés), la réglementation générale du Code du travail s’applique, comme pour toute entreprise, aux salariés soumis au port d’EPI. Il n’y a pas de texte spécifique qui impose une «prime chaussures pour le personnel médical dans les cliniques», ou une indemnité particulière dans tous les cas.


Ce qui est toutefois certain :

  • Si le poste impose des risques (sol glissant, produits chimiques, aérosols, passages fréquents entre salles humides), l’employeur peut légitimement classer les chaussures comme EPI nécessaires.
  • Dès lors, l’employeur devrait fournir gratuitement la chaussure de sécurité ou du travail selon le besoin spécifique du poste comme au bloc opératoire par exemple.
  • Pour les personnels médicaux ou paramédicaux, on peut aussi considérer que des chaussures réservées au service (ne pas sortir du bloc, du service, etc.) sont une mesure d’hygiène, ce qui renforce l’argument pour les considérer comme EPI dans certains cas.

Mais la réglementation n’impose pas par défaut une «prime chaussures» pour tous les personnels médicaux dans les cliniques comme cela peut exister dans la fonction publique (ICPE). Cela dépend de l’accord entre l’employeur, les conventions collectives applicables, le contrat de travail, ou de dispositions conventionnelles locales.



Quelles chaussures ouvrent droit à la prime ?


Toutes les chaussures concernées par la prime doivent être imposées par l’activité professionnelle.

On distingue :

  • Chaussures de sécurité normées (EN ISO 20345) : coquées, semelles anti-perforation, résistantes aux hydrocarbures. Elles sont typiques du BTP, de l’industrie ou de la logistique.
  • Chaussures professionnelles adaptées à l’hygiène : sabots hospitaliers fermés, chaussures antidérapantes pour le travail en cuisine, modèles spécifiques pour agents de propreté.

La fréquence de remplacement dépend de l’usure et de la réglementation interne. Certaines collectivités fixent une dotation annuelle, d’autres laissent la possibilité d’un remplacement anticipé si l’usure est constatée.



Quels textes encadrent la prime chaussures ?


La prime chaussures repose sur des textes qui, pour certains, datent un peu :

  • Décret n° 60-1302 du 5 décembre 1960, relatif aux indemnités de chaussures et de petit équipement dans la fonction publique ;
  • Arrêté du 31 décembre 1999, qui fixe toujours le barème national :
    👟32,74 € pour les chaussures.
    🧤32,74 € pour le petit équipement.
  • Et, pour les salariés soumis aux EPI, le Code du travail (articles R.4321-4 et suivants), qui impose à l’employeur de fournir gratuitement les équipements de protection nécessaires.

💬 Autrement dit, les chaussures ont changé, les normes aussi, mais les montants, eux, n’ont pas bougé d’un orteil depuis 1999. 😉


Comment les montants sont appliqués sur le terrain ?


Chaque employeur public (collectivité, hôpital, ministère) peut adapter ces textes par délibération ou note interne.

Concrètement, trois configurations existent :

  • Versement d’une indemnité unique pour les chaussures.
  • Attribution d’une indemnité globale couvrant chaussures et petit équipement (soit un total de 65,48 €).
  • Fourniture directe des chaussures via un marché public ou un prestataire agréé.

Certaines collectivités appliquent le barème national tel quel, d’autres le modulent à la baisse. Quelques-unes, plus généreuses, prévoient un renouvellement plus fréquent ou un complément local.


👉 Dans tous les cas, ces décisions relèvent d’un choix interne : la réglementation fixe le cadre, mais pas le rythme ni le niveau de revalorisation.


Comment obtenir ta prime chaussures ?


Bonne nouvelle : tu n’as rien à demander.

L’indemnité de chaussures et de petit équipement est versée automatiquement aux agents qui y ont droit, selon les règles internes de leur employeur (collectivité, hôpital, ministère).


💡 En clair :

  • Si ton établissement verse la prime sous forme financière, le montant est intégré à ta paie, souvent une fois par an.
  • S’il s’agit d’une dotation en nature, les chaussures sont simplement fournies selon le calendrier prévu (souvent tous les 12 mois).

👉 Les seules variations concernent la périodicité et le mode d’attribution, qui dépendent du règlement interne, pas d’une démarche personnelle.



Pourquoi cette indemnité est importante ?

La prime chaussures n’est pas un petit bonus, c’est une mesure essentielle pour :

  • Garantir la sécurité (éviter les blessures, glissades, chocs).
  • Préserver l’hygiène (en hospitalier, chaussures réservées au service).
  • Améliorer le confort (prévenir les troubles musculosquelettiques liés à la station debout prolongée).
  • Alléger la charge financière des agents (les chaussures de sécurité coûtent cher).

Sans ce dispositif, nombre de professionnels retarderaient le remplacement de leurs chaussures usées, avec des risques évidents pour leur santé et leur sécurité.


👣 On y pense rarement, mais les chaussures de travail racontent beaucoup de ce qu’on vit au quotidien. Elles s’usent vite, comme les journées intenses qu’elles accompagnent.

La prime chaussures, c’est un petit coup de pouce pour continuer à avancer confortablement, sans y laisser sa santé… ni son budget.

Alors oui, les textes datent, mais le besoin, lui, reste bien d’actualité. Et parfois, un bon renouvellement de paires, c’est aussi une façon de repartir du bon pied. 😄